Saint-Geraud d'Aurillac 11 siècles d'histoire. Ouvrage préfacé par Géraud lui-même : "Jamais je n’aurais pu penser, en regardant couler la Jordanne depuis le château de mon père, que la petite abbaye Saint-Pierre dont j’avais longuement mûri la fondation aurait une histoire aussi longue, aussi grande, aussi belle et aussi mouvementée. J’avais seulement imaginé d’installer au bord de la rivière quelques moines pour chanter les louanges du Seigneur et procurer le service divin aux habitants de ce territoire d’Auvergne placé sous ma responsabilité. Et voilà que les choses s’emballent. A mon corps défendant, je fais des miracles. Une fois mort, mes ossements deviennent des reliques thaumaturges bientôt dotées d’une châsse précieuse. Les pèlerins affluent, une grande église est érigée, la vie monastique s’organise et produit un fruit inattendu : le jeune Gerbert, moine de l’abbaye qui porte désormais mon nom, devient le pape de l’an Mil. Bientôt un autre pape français, Urbain II, venu en Auvergne prêcher la croisade, consacre une grande église, comparable à celle de Cluny. Un clocher, un cloître de pierre, deux beaux bassins de serpentines viennent compléter cet ensemble monastique, autour duquel naît et se développe la ville d’Aurillac.
Bien sûr, comme dans toute histoire humaine, les mesquineries, les rivalités, les conflits et même les rixes ne manquent pas. Les épisodes sanglants de 1233 et de 1569 sont ceux qui m’affligent le plus. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les moines heureux n’ont pas d’histoire, ni de greffier pour consigner sur parchemin l’ardente vie monastique dont ont brûlé des générations de moines. Ce quartier Saint-Géraud, dont aujourd’hui les Aurillacois et leurs édiles déplorent le manque de vie, était jadis un lieu d’activité intense : moines, personnel de l’abbaye (juges, greffiers, meuniers, paysans), pèlerins accueillis dans le bel hôpital que l’on peut voir encore, membres des confréries, simples Aurillacois venus mettre une chandelle dans ma chapelle ; les textes du XVIe siècle, patiemment exhumés et mis en lumière, forment un tableau haut en couleurs. Bientôt l’abbaye bénédictine devient un chapitre de chanoines
Les guerres de Religion viennent-elles détruire presque entièrement les bâtiments, fragilisés depuis longtemps par le manque d’entretien ? Qu’à cela ne tienne : l’abbé Charles de Noailles reconstruit et le chœur et le transept ; les rivalités avec la ville s’apaisent progressivement. La Révolution détruit-elle le clocher ? Le XIXe siècle reconstruit le reste de la nef et élève un clocher, met partout des vitraux et reconstitue le décor. Comme telle, l’abbatiale est gothique et harmonieuse ; mais elle a tout de même onze siècles d’histoire. De nos jours, elle est le siège de la paroisse d’Aurillac, à laquelle on a donné mon nom. Quel honneur pour moi !
À l’occasion du 11e centenaire de ma naissance au Ciel paraît ce livre qui, après tant d’autres, raconte cette aventure de foi, d’art, de culture et de vie. Puissent les Aurillacois de souche ou de rencontre, les pèlerins et les touristes y trouver matière à connaître et apprécier ce lieu autant que je l’ai aimé".
Géraud d’Aurillac